Lorsqu’un salarié envisage de quitter son emploi pour créer une entreprise, une question revient souvent : faut-il créer sa société avant ou après son inscription à France Travail ? La réponse peut avoir un impact financier important. En 2026, le cumul entre l’ARE et les revenus d’une nouvelle activité est en principe plafonné à 60 % des droits ARE restants dans certaines situations. Mais il existe un cas particulier permettant de cumuler intégralement les revenus de l’activité avec l’ARE : l’activité conservée. Attention toutefois : il ne suffit pas de créer une société quelques jours avant de s’inscrire à France Travail. Les conditions sont beaucoup plus précises.
1. Le principe du cumul ARE et création d’entreprise en 2026
Lorsqu’un demandeur d’emploi crée ou reprend une entreprise, il peut généralement choisir entre deux dispositifs.
Le premier consiste à maintenir une partie de son ARE chaque mois, en parallèle des revenus tirés de son entreprise. Depuis le 1er avril 2025, lorsque le droit à l’ARE résulte d’une fin de contrat intervenue à compter de cette date, ce cumul est en principe limité à 60 % des droits restant à la date de début de l’activité.
Le second dispositif est l’ARCE. France Travail verse alors sous forme de capital 60 % des droits ARE restants, en deux versements, sous réserve notamment de bénéficier de l’ACRE.
Exemple : un dirigeant dispose de 30 000 € de droits ARE restants au moment où il démarre son activité. Dans le cadre du cumul classique, le plafond de 60 % correspond à 18 000 € de droits.
Mais il existe une exception particulièrement intéressante : l’activité conservée.
2. L’astuce des 100 % d’ARE : l’activité conservée
L’activité conservée permet, sous certaines conditions, de cumuler intégralement les revenus de l’activité indépendante avec l’ARE.
Mais attention à une idée reçue : créer une société avant son inscription à France Travail ne suffit pas pour bénéficier automatiquement de ce régime.
Pour que l’activité soit considérée comme « conservée », elle doit notamment avoir été réellement exercée avant la perte de l’emploi salarié et avoir été exercée simultanément avec l’activité salariée.
Le règlement d’assurance chômage précise que l’activité doit avoir été effectivement exercée en parallèle de l’activité perdue et que les rémunérations des deux activités doivent s’être cumulées pendant la période de référence.
France Travail confirme également qu’en cas d’activité conservée, les rémunérations issues de cette activité peuvent être cumulées intégralement avec l’ARE. En revanche, l’ARCE n’est alors pas accessible.
Exemple concret
Un salarié travaille comme commercial et possède parallèlement une petite activité de conseil.
Il facture déjà des clients avant la fin de son contrat de travail et exerce réellement cette activité pendant qu’il est salarié.
Son contrat prend ensuite fin et il s’inscrit à France Travail.
Dans cette situation, son activité indépendante peut, sous réserve de respecter les conditions applicables, être considérée comme une activité conservée.
Il peut alors bénéficier de l’ARE tout en conservant les revenus de cette activité.
C’est très différent d’une personne qui crée simplement une société quelques jours avant son inscription à France Travail sans avoir réellement exercé l’activité pendant son emploi.
3. Créer sa société avant France Travail : attention au piège
C’est probablement le point le plus important à retenir.
On peut entendre : « Créez votre société avant de vous inscrire à France Travail et vous conserverez 100 % de votre ARE. »
Cette affirmation est trop simpliste et peut être fausse.
France Travail indique même que, pour bénéficier de l’ARCE, l’inscription comme demandeur d’emploi doit intervenir avant la création ou la reprise de l’entreprise. La date du début effectif de l’activité ou, à défaut, celle de l’immatriculation peut être prise en compte.
La véritable question n’est donc pas seulement :
« Quand dois-je immatriculer ma société ? »
Il faut surtout déterminer quand l’activité a réellement commencé et si elle était déjà exercée parallèlement à l’emploi qui a ouvert les droits ARE.
Exemple :
Un salarié termine son CDI le 30 septembre. Il crée une SASU le 25 septembre, mais ne facture aucun client et ne commence réellement son activité qu’en octobre.
Le simple fait d’avoir obtenu son Kbis avant le 30 septembre ne permet pas de conclure automatiquement qu’il bénéficie de l’activité conservée.
La chronologie juridique, administrative et surtout la réalité de l’activité doivent être analysées.

4. Pourquoi la date de création doit être anticipée
Pour un dirigeant qui envisage de quitter son emploi, le calendrier peut donc devenir stratégique.
Avant de démissionner, négocier une rupture conventionnelle ou arriver au terme d’un CDD, il est utile de se poser plusieurs questions :
- L’activité indépendante existe-t-elle déjà ?
- Des prestations ont-elles réellement été réalisées ?
- Des factures ont-elles été émises ?
- Des revenus ont-ils été perçus ?
- L’activité a-t-elle été exercée parallèlement au contrat salarié ?
- Quelle sera la date effective de début de l’activité ?
- L’ARE sera-t-elle ouverte après la fin du contrat ?
- Faut-il privilégier le maintien de l’ARE ou l’ARCE ?
Ces éléments peuvent modifier sensiblement le montant des allocations disponibles.
Pour un entrepreneur parisien, un expert comptable sur Paris peut notamment aider à reconstituer la chronologie du projet et à mesurer les conséquences du choix du statut, de la rémunération et du calendrier de création.
5. ARE, ARCE ou activité conservée : ne pas confondre les dispositifs
L’ARCE représente donc 60 % des droits ARE restants, mais il ne s’agit pas de la même chose que le plafond de 60 % applicable au cumul ARE/revenus dans certaines situations. Cette distinction est importante pour éviter les mauvaises interprétations.
Par ailleurs, depuis 2026, l’ACRE n’est plus automatiquement accordée : une demande doit être effectuée auprès de l’URSSAF dans les conditions prévues, notamment dans les 60 jours suivant le début d’activité.
6. Comment sécuriser son choix avant de créer son entreprise ?
Le meilleur réflexe est de ne pas créer ou modifier artificiellement son calendrier uniquement pour essayer de récupérer 100 % de l’ARE.
Il faut d’abord déterminer si votre situation correspond réellement à une activité conservée.
Un dirigeant peut préparer un tableau très simple :
Date de début réel de l’activité → premières prestations → premières factures → revenus perçus → fin du contrat salarié → inscription France Travail → création/immatriculation → demande d’ARE.
Cette chronologie permet déjà de détecter les principales difficultés.
Un cabinet d’expertise comptable sur Paris peut également vous accompagner sur le choix entre SASU, EURL, entreprise individuelle ou micro-entreprise, ainsi que sur les conséquences fiscales et sociales du démarrage de l’activité.
Conclusion
Créer sa société avant son inscription à France Travail n’est pas, à lui seul, une astuce permettant de conserver 100 % de l’ARE. Le véritable dispositif intéressant est celui de l’activité conservée, lorsque l’activité indépendante était déjà réellement exercée parallèlement à l’emploi ayant généré les droits au chômage.
En 2026, la chronologie du projet est donc essentielle. Avant de créer votre entreprise, vérifiez la date réelle de début d’activité, vos conditions d’ouverture de droits et les conséquences du choix entre maintien de l’ARE et ARCE. Un expert comptable peut vous aider à sécuriser cette stratégie et à éviter une erreur de calendrier pouvant avoir des conséquences financières importantes.
